« J’éprouve, Chers Amis, je vous l’avoue, quelque peine à imager ce que sera la Côte d’Ivoire future, la Côte d’Ivoire de l’an 2000, peut-être parce que le « Vieux » que je suis, aussi disponible soit-il à l’avenir et à la jeunesse, arrive à la fin de sa vie et que le poids des ans n’est peut-être pas la meilleure arme pour explorer le futur.
Ce que je peux cependant encore faire, puisque la joie ne me sera pas donnée d’entrer, aux côtés de beaucoup d’entre vous, dans le nouveau siècle, c’est de vous aider à parfaire la construction de la société ivoirienne telle qu’il me parait aujourd’hui possible, sinon de la deviner, du moins de la souhaiter et, dans une certaine mesure, de la prévoir.
Une société plus ivoirienne dans ses structures de production et ses modes de vie, plus consciente d’elle-même et de sa personnalité culturelle, plus juste et plus solidaire, plus apte, enfin, à jouer à l’intérieur de ses frontières comme dans le concert des Nations africaines et dans le monde, le rôle apaisant d’une communauté de dialogue, d’harmonie, de liberté et de générosité fraternelle.
Une société plus ivoirienne dans ses structures de production et dans ses modes de vie.
Il me parait, à cet effet, primordial, sans que doivent, en aucune façon, être remis en cause notre politique d’ouverture sur le monde extérieur et le libéralisme planifié de nos choix et de nos actions, de poursuivre très activement l’ivoirisation de notre de notre appareil industriel, commercial et bancaire pour assurer, avant que ce siècle ne s’achève, un contrôle beaucoup plus effectif des nationaux, sur l’économie d’ensemble du pays.
Cet objectif majeur sera d’autant mieux atteint qu’il s’appuiera sur un effort global de revalorisation du travail, en tant que valeur fondamentale, sur un système cohérent de rémunérations, de motivations et de sanctions et sur la réduction de ces enrichissements sans cause que les profiteurs de notre croissance savent si bien susciter, au détriment de la collectivité.
Ces actions seront inévitablement la source de conflits entre les valeurs que nous voulons sauvegarder ou restaurer, au sein de la famille africaine notamment, et celles qui accompagnent très naturellement l’avènement des univers industriels et urbains : l’individualisme, le gout du risque, l’efficacité et la recherche du profit. Il s’agira, en fait, pour chaque génération, de faire ses choix et d’effectuer une synthèse difficile afin d’aboutir à des de vie qui ne se réduisent pas à des modes de consommation d’autant plus destructeurs, qu’empruntés à l’étranger et réservés à quelques-uns, ils nourrissaient dangereusement les sentiments de frustration du plus grand nombre.
Une société également plus consciente d’elle-même à travers la participation à un développement conçu et vécu, comme une œuvre commune à laquelle tous les Ivoiriens doivent adhérer. » Extrait du discours prononcé par le président Félix Houphouët-Boigny à l’occasion du 5e congrès du Pdci-Rda à Abidjan, le 16 octobre 1975.
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